Patrick est hésitant. La première fois que nous nous sommes rencontrés, il s’est présenté d’une façon particulière … « Je suis, depuis 3 ans, coach de dirigeant ». Sa posture, physique, est basse. Il est comme replié sur lui-même. Je le sens aussi très réceptif et dans une forme d’humilité. Dans le même temps, ses mots sonnent fort.
Il me dira plus tard qu’il accompagne de « grands dirigeants » dont les trois quarts font partie du CAC 40.
P : « C’est ‘coach’ ou ‘dirigeant’ qui sonne faux ?» me dit-il avec un sourire …
W : « je ne sais pas comment ils résonnent pour toi, Patrick. Je ne trouve pas ces mots choquants. En même temps, dans ta façon de me le dire, je sens comme une gêne… »
P : « J’ai comme une impression bizarre, un sentiment d’imposture à accompagner ceux qui agissent au plus haut niveau de l’entreprise »
W : « Tu peux me décrire ce que tu ressens quand tu penses à ça ? »
P : « C’est très étonnant. J’ai l’impression que l’on compte énormément sur moi dans ces entreprises. Je pense à cet accompagnement que je suis en train de clôturer avec Henri, celui dont je t’ai parlé et qui dirige une SSII. »
W : « Et… »
P : « J’ai l’impression que sa stratégie va suivre les pas que nous ferons ensemble en séance ».
W : « En quoi cela te gêne-t-il ? »
P : « Tu vois, on est rentrés dans la salle où se tient le comité de direction pour travailler et … »
W : « Tu effectues ton coaching chez ton client ? »
P : « oui »
W : « C’était sa demande ? »
P : « oui »
W : « Continue, je t’en prie, je t’ai interrompu …»
P : « Donc dans cette salle, défilait, tout au long de la séance son assistante, son directeur financier … »
W : « et interrompaient le coaching comme je suis en train de le faire là, avec toi en te posant toutes ces questions … »
P : « Oui et je représentais comme un point d’attraction. Ils voyaient là leur directeur avec son coach … »
W : « Et toi, tu voyais ça comment ?
P : « … »
W : « Un mot, une image … ? »
P : « Décision, oui je sens comme un partage de la décision » »
En même temps qu’il prononce ces mots, je le sens éprouvé émotionnellement…
P : « Et en même temps que l’on partage la décision, on partage la solitude …
C’est vrai que je ressens Henri seul pour décider des grandes orientations à prendre dans cette période difficile… »
W : « Et pour toi, cette histoire de décisions et de solitude parle-t-elle de quelque chose de familier … ? »
Nous aborderons ce jour-là la question du cadre du coaching, du lieu où on l’exerce, des multiples interactions comme autant de frontières à aborder entre le coach, le client, les collaborateurs du client et notre place dans cette histoire là…
Nous aborderons aussi ce narcissisme que l’on peut finir par adopter pour nourrir quelque chose de manquant chez nous …
Ce narcissisme vient nous révéler quelque chose d’essentiel, qui finit par faire contre poids, à tout ce que l’on commence, fébrilement, à nous autoriser de notre propre légitimité …
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