Faire alliance

 Identité-Créatrice- Faire-Alliance




Je m’interrogeais récemment, en séance de supervision, sur un coaching qui butait.

 

J’avais pour la première fois l’impression que la personne que j’accompagnais n’« investissait » pas le coaching qu’elle avait elle-même appelé de ses vœux.

 

La première idée qui m’est venue sous la forme d’une question, c’était celle de l’alliance


 

Un contrat qui ne se dit pas

Il y a ce quelque chose d’essentiel qui nait, se transforme et intervient directement pendant les séances. Comme un engagement que l’on contracte à deux, au-delà du papier qui servirait à l’officialiser et qui grandit au fil du coaching.

Oui, nous sommes 2 dans cette histoire de coaching et si le sujet est le tien, que de mon coté je pilote le cadre, quelque chose en nous deux fait alliance

 

Une histoire de résistance

La première idée qui a émergé face à cette difficulté était celle de l’alliance avec en toile de fond la question de la résistance. A regarder cette femme prendre de la distance, du recul, je me demandais ce qui résistait en elle.

La question, je me la suis posée également à moi-même. Oui, il doit y avoir quelque chose qui résiste en moi, aussi … Cela fait 4 séances que nous travaillons mais je n’ai pas l’impression que nous œuvrons tous les 2, ensemble. J’ai l’impression que nous travaillons beaucoup, mais chacun de son côté.

Plus de conscience, plus d’autonomie

J’ai cette très belle image biblique de l’alliance contractée entre Dieu et les siens.  Dans les histoires de coaching, il n’y a ni Dieu, ni peuple, simplement 2 personnes qui marchent ensemble, comme dans un compagnonnage dont ils tireront l’un et l’autre quelque chose. Aller vers plus-de-soi dans l’action.

Cet engagement initial qui ne se concrétise ni par un pacte, ni par une bague, appelle les 2 personnages en présence au centre de l’arène, même si celle-ci est brulante. Une union sacrée se contracte sans dire son nom …


La question de la frontière

Cette histoire me rappelle celle de Christine, qui connaît surtout la vie en entreprise sous l’angle social et qui restait dans les premières séances, à distance. Une distance qui n’avait d’autre objet que de scruter cet être particulier, un coach, qui traverse, quelquefois un peu trop vite, les frontières.

Je pense à Jean, aussi. Chaleureux, gentil et souriant il en faisait beaucoup, me parlait comme à un ami, comme à un parent, conscient de la préciosité de notre lien. Plusieurs années après avoir finalisé le coaching, nous nous sommes retrouvés par hasard (?) et une relation amicale a commencé à grandir.


Se rapprocher de soi

Frédérick, quant à lui, avait toujours attendu un lien de cette nature. Grand et imposant, épuré jusqu’à la sécheresse, il a toujours ressenti une grande soif de parole.

Quand cette soif s’épuisait, quand son débit se faisait plus tendre, il revenait au centre, se réveillait à l’interaction, s’adaptait au contexte.

Un enfant, plein de sa très belle lumière.

Il refaisait entre nous ce que d’autres lui reprochaient ailleurs … prendre de la place, trop de place.  

Comme une peur de ne plus exister, il se remettrait à parler et à parler encore. J’étais, au moins au début du coaching, son théâtre. Par la suite, notre relation a évolué. 


Fabien, lui est un surdoué. Un intellect très développé mais un relationnel qui reste à la traine. Là également, après un démarrage somme toute assez rapide, le vrai travail a pu réellement se poser à la troisième séance.
 

 

« Ça » prend du temps

Je pense que nous sommes des accélérateurs du changement, nous travaillons sur ce lien qui se crée, notre attention se porte essentiellement sur cette alchimie qui peut devenir opérante. Nous avons beau accélérer, l’alliance vient nous rappeler à cette règle incontournable. Nous pouvons avancer d’un pas quand tout notre être est prêt à le faire, pas avant.

Il ne suffit pas de vision positive ou férocement bienveillante pour créer « de l’alliance ».
 

 

Des « déclencheurs d’alliance » paradoxaux ?

Quelquefois, remettre des barrières, dire l’impossible, confronter fortement peut aussi être partie prenante de ce lien qui se construit.

Christophe, un jeune homme très touchant et qui se retrouvait confronté à beaucoup trop de questions quand nous nous sommes rencontrés, lui, a eu du mal à comprendre cela. La première séance a été une bataille, en règle.

Ses scénarios impossibles parlaient d’amitié.

C’était l’une des choses qu’il recherchait le plus dans les responsabilités qu’il prenait. L’une des choses qu’il recherchait le plus dans notre relation. 

Son dernier projet s’était terminé en catastrophe. L’amitié semblait avoir déserté entre les deux associés. Je n’ai jamais souhaité rentrer dans ce lien avec lui, malgré toute la sympathie qu’il m’inspirait.

J’avais envie, en faisant cela, de lui apprendre, que d’une certaine façon, l’on pouvait apprendre à travailler ensemble sans rentrer dans ce rapport là si, bien entendu, les valeurs et la vision étaient partagées.  

Le lien que nous avons développé ensemble, intense, agissant, efficace, lui permettait d’ores et déjà d’en modéliser d’autres

Bertrand pour sa part m’appelait au centre, en permanence, pour que je tienne le cadre.  

Je ne comprenais pas bien pourquoi je le lâchais en permanence avec lui. Comme quelque chose qui vient du corps et pas de la tête. Pour exemple, je ne respectais pas le temps que l’on se fixait pour nos séances … Les séances se rallongeaient ou se raccourcissaient sans raison apparente et surtout sans les « cadrer », au démarrage.

Plus tard j’ai compris. L’une de ses expériences les plus douloureuses et qui s’achevait aujourd’hui, lui avait laissé un gout amer dans la bouche, vous savez, de ces sensations que l’on garde en soi quand l'on a visité un lieu qui est resté par trop longtemps verrouillé …  Son manager, fin psychologue, tenait le cadre, en permanence, dans une posture de toute puissance. Il était quasiment imparable, souvent étouffant.

Quelque chose en Bertrand m’appelait dans cette posture vis-à-vis de lui. Position que mon corps, plus libre que mon esprit, refusait.

Ça a été une vraie découverte pour moi. Quand on tend à l’homme un bâton, il est capable, même s’il en garde des séquelles, de le redonner à d’autres pour qu’ils en fassent « bon » usage. Je l’ai compris par les autres, je l’ai compris pour moi aussi …

On sait comment on a souffert et on sait gérer cette souffrance-là, on se l’est appropriée, on l’a adoptée comme quelque chose de difficile. Ça blesse mais ça ne tue pas. D’ailleurs quelquefois on ne sait pas ce que serait un monde sans cette souffrance, sans ce symptôme, sans cette boucle qui se répète ...

Évidemment, avec lui, j’ai refusé de tenir le cadre, en permanence, jusqu'à ce qu’il le prenne, lui, qu’il insiste, qu’il l’impose. Je lui ai permis en faisant cela de visiter l’autre coté du miroir et de décider, par lui-même ce qu’il acceptait dans le cadre qu’on lui tendait et ce qu’il imposait, de sa propre autorité, à sa manière, sans se départir de sa  douceur naturelle et de sa sensibilité.


« Faire alliance », c’est automatique ?

Et puis, quelquefois l’alliance ne vient pas. Brigitte m’avait fait une forte impression lors de notre propre rencontre. Une envie affichée, une volonté de fer. Tout cela, c’est ce que l’on pouvait imaginer en première séance … et puis rien. Pas assez envie d’avancer ? Le but recherché était autre … ? Aucun pas ne se faisait. Nous y avons consacré une dernière séance et nous en avons tiré les conséquences.

Avec Hélène c’était encore différent. « C’est important pour moi de sortir de cette situation de dépendance » m’a-t-elle dit lors de notre première rencontre. Elle m’expliquait que « ça devenait infernal ». En même temps, quand je l’écoutais me raconter ce qui se jouait pour elle, elle semblait tout faire pour rester dans cette position inconfortable. Sans le dire, j’entendais là quelque chose comme « aide-moi à ne pas changer » … Tout cela se reproduisait dans notre relation. Une vraie volonté puis un lâcher-prise à tout. Une intimité réelle dans l’échange et quand celui-ci se termine, les mots usités et ressassés viennent clore notre échange lui donnant un faux air de copier/collé mal agencé.

"Faire alliance", ça ne peut pas être linéaire, ça n’est pas systématique non plus. Il ne peut en être ainsi. Il y a ce petit quelque chose de magique, d’incontrôlé, qui résiste à la technique … qui opère ou qui se fait attendre. Qui vient ou qui s’égare.

 

Un allié de poids … 

Quand la « magie » est présente, c’est un cadeau, mais aussi une préparation pour apprendre à construire celle alliance que l’on contracte avec soi-même.

Une nouvelle alliance a l’image de cette belle relation qui s’établit entre coach et coaché et qui n’est rien d’autre qu’un reflet, un support, un prélude à une nouvelle façon de se parler à soi-même.

À un moment, le rapport que je pars chercher en coaching devient modélisant et m’apprend à me parler à moi-même. Poser pour moi la « loi » qui me régit, mes valeurs profondes et inaliénables et faire un pas de plus, interroger l’amour dont je me fais le porteur et que j’ose, maintenant, m’adresser à moi-même.

Ce lien naissant entre coach et coaché, qui devient un apprentissage et une construction de soi-même, invite à expérimenter ce lien aux autres et à redéfinir, pour soi, une relation au monde


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Commentaire(s) :

1. Par Eva le 17/06/2010
Quel feu d'artifice !... ou plutôt, quel feu de naturel, Wadih ! On ne peut après vous avoir lu, que faire alliance avec vous, accepter la bague au doigt ! Et vous passer celle qu'on portait attachée au cou, symbole de deuil, passé ou pas...
2. Par wadih le 18/06/2010

Le feu naturel et la nouvelle alliance ... que demande le peuple ?

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