« Ça » parle

 Chute-d-eau-IC
Alors qu’il me relate l’histoire de sa séance, qu’il met à jour ce qui se noue et se dénoue avec son client, quelque chose en moi se fige. Je lui livre ce ressenti.

 

Serge est jeune dans le métier. Il intervenait dans le département des « relations humaines » dans une multinationale quand il décide de changer de voie.

 

En cette période de changement qui l’a vu naître au coaching, un nouveau regard au monde émerge en lui et se fait insistant. Il ne veut plus donner le change. Apparaître dans ces séminaires périodiques qui résonnent comme autant d’exercices imposés, respecter une hiérarchie devenue illégitime à ses yeux ne lui va plus. Il ne souhaite plus coller aux codes de l’entreprise et « continuer à nourrir un système vacillant », me dira-t-il un jour, emporté par une emphase naturelle qui lui confère ce côté tellement attachant. 


 

Ce jour-là, il me parle d’un entretien dont il n’arrive pas à faire le tour, une séance qui lui reste sur l’estomac, sans qu’il puisse dire pourquoi. À la narration succède l’émotion. Il s’agite, fulmine, parle fort… Il ne comprend pas pourquoi son coaché est toujours dans ce désir de pouvoir, cette volonté de diriger, cet attrait pour l’argent.

 

Ma question le surprend. Sa voix tonitruante laisse éclore un silence. Je  lui demande simplement si lui même, au cours de certains épisodes de sa vie professionnelle, a vécu cette envie débordante, ce trop-plein de besoins ... Si, un jour, il a connu une ambition démesurée équivalente à celle qu’il perçoit chez son client. Je l’interpellerai également, plus loin encore au cours de l’échange, en lui demandant s’il lui est arrivé de se sentir « disqualifié » par l’un de ses collaborateurs… Une omission simple, sur une information capitale, un collaborateur qui questionne directement son propre supérieur … Une banalité en somme, mais  tellement signifiante …

 

Et progressivement il se relie à ces sensations, qu’il pensait avoir laissées dans un ailleurs, désormais révolu. Cette volonté de puissance, tellement rassurante. Mais aussi ce désir d’évoluer, de se positionner aux premières lignes managériales …

 

Pour la première fois, il va aller chercher tout au fond de lui-même, l’endroit où « ça » vibre quand ces sujets sont évoqués … là où pour lui, cette envie dévorante d’exister se matérialise de manière flamboyante …

 

Quelque chose de ce jugement éphémère qu’il avait posé sur son coaché s’envole alors bien loin de cette salle où nous nous trouvons aujourd’hui ... Ici, le silence règne.

 

Ce qu’il avait pris pour une profanation réintègre sa juste place, en plein cœur de la vie et dans ces séances de coaching.

 

Oui, le coaché peut évoquer tous ses désirs, sa volonté … Il peut même le faire quand celle-ci est en excédant et qu’elle résonne à l’inverse de nos propres choix …

 

Les coachs ne sont heureusement pas garants de quelconques choix de vie … Nous ne sommes pas non plus des sortes de « porte-drapeaux » de valeurs morales bien pensées.

 

 

En cette fin de séance, Serge est au travail, son corps travaille. Je le regarde avec émerveillement apprendre à accueillir ces sensations qui furent siennes, et qu’il a pu bannir, quelquefois. Apprendre à les accueillir, aujourd’hui, sans se confondre avec elles  



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Tags Tags :  Supervision   Intime   Réflexivité   Scénario   Jugement   Hierarchie   Ambition   Pouvoir   Puissance 

Commentaire(s) :

1. Par Françoise le 01/04/2011
Si certaines personnes doutaient encore de la nécessité de la supervision...
2. Par eva le 01/04/2011
Du coach justicier au juste coach... Pas à pas. Doucement...

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