
Ce DRH qui n’a pas une minute à lui et cette directrice marketing qui lui emboite le pas … une jeune stagiaire qui veut bien faire et un Directeur des Ventes qui parle à toute vitesse allant quelquefois jusqu’à des échanges incisifs avec ses collaborateurs... « Avec moi c’est comme ça que ça se passe, je n’ai pas le temps » … Mais où courent-ils et pour quoi faire ?
Julie : « Je voulais vous parler d’une proposition que l’on m’a faite »
Wadih : « Oui »
J. : « Aujourd’hui ma fonction m’amène à assumer une responsabilité étendue sur 4 pays pour réaliser le marketing des produits que nous vendons, mais ça, vous le savez. »
« On m’a proposé hier de doubler mon périmètre et mon équipe »
W. « Et … »
J. « Je ne sais pas quoi en penser »
W. « vous souhaitez que je vous dise ce que vous avez à faire ? »
J. « J’aimerais que vous m’aidiez à me décider »
W. « J’ai l’impression, à l’enthousiasme que vous affichez, que le choix est déjà fait ».
J . « C’est vrai que la proposition est très tentante »
W. « En quoi ? »
J. « Je n’ai jamais managé une équipe de 10 personnes, je crois aussi que cela me fera accéder à un niveau de rémunération que je n’ai jamais eu non plus. C’est aussi pouvoir m’exprimer en tant que femme à ce niveau là. Très peu de femmes ont cette position ici »
W. « Vous me questionnez sur le sujet ? Tout semble évident, les avantages, l’envie, la reconnaissance … »
J. « Vous le savez … Quand je vous ai formulé ma demande de coaching, il y a 2 mois, j’avais évoqué un rythme, une cadence dans laquelle je me mettais et une envie d’aller dans tous les détails des dossiers qui entrainaient souvent une « surchauffe » pour moi … et aussi pour mes équipes. »
« Lors de la réunion initiale, quand vous avez demandé que mon manager soit là, son souhait c’était que vous m’aidiez à canaliser cette ‘énergie’ … »
« On en a déjà parlé, je me retrouve systématiquement sur les rotules, crevée et apathique après ces ‘pointes’ et j’avais décidé de prendre plus de soin à m’occuper de moi »
W. « Quel avantage trouvez-vous à mettre votre système en crise »
J. « Je ne comprends pas… »
W. « Julie, imaginez … nous sommes 3 mois plus loin, vous vous êtes efforcée de réussir … ca vous ressemble, hein … vous avez atteint vos objectifs … imaginez avec moi … vous avez intégré parfaitement la seconde équipe et pris vos marques sur le nouveau territoire en plus de l’ancien, comme vous réussissez à le faire régulièrement… »
« Là, nous avons l’opportunité de regarder cette scène d’un peu plus loin … alors je vous le demande … vous êtes lasse, fatiguée et vidée, ce sont vos mots … »
« Quel avantage trouvez-vous à vous mettre dans cet état ?»
Les larmes lui montent aux yeux et pudique, elle détourne son regard.
Nous avons continué à travailler, sur les différentes hypothèses, les différents scénarios et je n’ai pas conclu cette séance. Je me suis simplement attaché à voir dans quel état Julie repartait … Cette fois-ci, je ne lui ai pas demandé avec quoi elle repartait, je sentais qu’il fallait la laisser faire son chemin, seule. Cette question parlait de quelque chose d’extrêmement profond pour elle.
Depuis, Julie a fait un tout autre choix. Elle a changé complètement de périmètre, une troisième voie qu’elle a élaborée au fil des séances … Elle a réussi à convaincre son management de l’utilité de cette option.
Ce nouveau périmètre lui convient mieux, elle y est plus à l’aise, elle a la possibilité de travailler plus en délégation, de développer cette compétence-là et de s’octroyer du temps pour elle.
Elle est toujours efficace dans son travail, très appréciée pour ses résultats et aujourd’hui, en plus, attentive à elle-même.
Contrôler son univers, prévoir, avoir un coup d’avance ... Les personnes que je rencontre, je les ressens quelquefois dans des états de tension limite, parfois au bord d’un « déraillement » et souvent je me suis demandé … pour quoi faire, qu’est-ce qui les met en mouvement de la sorte ? Quel bénéfice trouvent-ils à se mettre dans cet état ?
Vivre au présent, prendre du plaisir, habiter un peu plus l’espace et le temps … de vrais objectifs, souvent difficiles à atteindre.
A l’inverse, quelquefois, notre excellence réside dans notre art à remplir « les trous », à « blinder » notre agenda … Nous sommes passés maitres pour ne prendre aucune once de recul pour penser, nous poser, réfléchir … Nous mettons «en veilleuse » cet enfant gai qui a envie de s’émanciper en nous et nous mettons à couvert nos potentialités infinies …
Nous sommes également excellents pour décaler à demain, garder en poche quelques actions potentielles … surtout pour ne pas être à court, ne pas se retrouver face au vide, à ce qui nous conduirait trop loin dans la réflexion, … face à cette angoisse profonde, présente, latente… Nous n’avons pas envie qu’elle montre le bout de son nez… alors on meuble, on habille, on s’active …
Là, quelques mots résonnent en moi … « La bravoure est encore la plus sûre des attitudes. Les choses perdent de leur épouvante à être regardées en face. » Ces mots sont d’Alexandra David-Néel. Elle fut la première occidentale à pénétrer dans la cité interdite de Lhassa après un périple en Inde puis dans les déserts et monastères tibétains …
À certains moments, dans notre vie de tous les jours, nous nous devons d’agir et à d’autres nous pouvons interroger les ressorts de notre action …
Je vous propose là, en somme, une invitation au voyage, un beau voyage,
Un voyage avant tout vers vous-mêmes.
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