Désir, liberté et résistance


Désir,Supervision,Coaching,Coach,Superviseur,Narcissique,PostureElle est jeune et son accent, teinté de soleil, vient habiter ce bout d’espace que nous venons d’ouvrir. Elle est fébrile. Que va-t-il se passer ?

Ce sont ses premiers pas en supervision.

Son histoire lui appartient et en même temps qu’elle m’en livre quelques bribes, son émotion se cristallise là et vient prendre la première place.



Ses paroles et sa douceur évoquent pour moi de multiples visages, son émotion, celle de la première pierre que l’on pose sur un chantier …


Ses failles, elle y travaille. Son désir est celui d’accompagner.

Mais que vient-elle faire sur ce chemin … ?

Catherine a un métier, elle est chef de projet ressources humaines.

On lui a souvent renvoyé qu’il était bon de s’adresser à elle, qu’elle prenait le temps, qu’elle était à l’écoute …

Elle a grandi dans le monde industriel et géré des populations de cadres en univers de production. On lui avait récemment confié la responsabilité d’une mission internationale qu’elle assumait avec facilité. Mais elle ressentait le besoin de se retrouver dans un autre lieu, d’appréhender l’autre, de faire un chemin plus intime, plus agissant aussi avec lui…

De bifurcation en fêlure, de fêlure en retrouvailles, elle avance sur son chemin.

Son diplôme de coaching en poche, elle voudrait un signe, un symbole qu’elle est là où elle devrait être. Un signe qui lui dise qu’elle peut troquer son ancienne vie pour une nouvelle. Un sacré pas de côté qu’elle est prête à faire, même si, dans le même temps, elle essaye de se rassurer…

Elle voudrait qu’on lui dise … je pense que tu es faite pour ce métier, tu devrais te lancer, … lui délivrer comme une permission. Oui, elle aimerait trouver un compagnon de route pour « ouvrir » cette voie-là ...

Et nous sommes là, en séance pour interroger son désir.

Et chemin faisant, je m’interroge, moi, et j’interroge ma posture.

J’ai à cœur de l’accompagner sur son chemin mais j’ai besoin de savoir d’où je parle, aujourd’hui, face à cette femme …

Je m’assure qu’elle est dans les conditions favorables pour devenir coach ? Je suis celui qui va lui apprendre, à travers ces moments que l’on nomme didactiques, à décoder, prendre du recul, mettre des mots sur ce qui se joue … ? À moins que je ne sois là pour l’aider à désapprendre … ?

Catherine : « Ce que j’aimerais, c’est savoir quoi faire quand je suis face à l’autre, celui avec qui j’ai un contrat, qui me rémunère … »
Wadih : « Ton parcours et ta formation t’ont déjà apporté des réponses…»
Catherine : « La boite à outils, je l’ai … c’est le réel qui m’interroge … »
Wadih : « N’est-ce pas, là encore, le « savoir-faire » que tu interroges à travers moi ? Que peux-tu attendre de moi… ? »
Catherine : « Tu veux dire que je projette en toi une posture de « sachant », que je reproduis une fois de plus cette soif d’apprendre ? »
Catherine : « que je pourrais investir le champ de l’Être, plutôt que celui du Faire … ? »
Wadih : « De quoi parle notre métier, de quelle expertise s’agit-il ? »
Catherine : « je pense à un lâcher-prise en conscience plutôt qu’à une expertise … »
Wadih : « Quel rôle veux-tu que j’investisse quand tu me questionnes sur le « quoi-faire » ? »

Wadih : « Si là, je te proposais de me coacher … qu’est-ce qui serait agissant en toi … ? »


L’injonction peut paraître étrange.

Un « superviseur » qui propose à un « coach en devenir » de l’accompagner.

Pour moi, elle signe la réalité du coaching. Pendant que j’accompagne l’autre, à son tour et simultanément, il me fait faire des pas aussi.

Je prends conscience, au cours de cette séance, d’un pas personnel à faire.

Je demande à Catherine de me rappeler pour fixer la prochaine date. La demande est utile, elle lui permet de prendre en main son projet et parle aussi de son autonomie sur le chemin.

Elle peut aussi évoquer une demande narcissique de celui qui la formule. Et oui, je peux aussi, étant coach, avoir besoin de nourrir mon propre besoin de retour, en tout cas je veux rester attentif à ce qui se joue pour moi là.

Et pendant que la séance se termine, je prends conscience aussi de cette très belle émotion que Catherine a manifestée tout au long de la séance et que je n’ai pas accueillie autant que je le voulais. Une émotion que j’aurais pu amplifier pour la mettre encore plus au travail …

Là, je parle de mon propre champ de développement, cette posture, qui m’invite à accueillir encore plus le féminin en moi, qui évoque l’acceptation du désir de l’autre et qui appelle la pleine réception de ce qui se joue …

Quand je m’interroge sur l’attention que je porte au retour de l’autre et, dans le même temps que j’hésite à accueillir l’émotion qui émerge, cette émotion qui me dit le désir de l’autre, qui le met en mouvement, qui lui donne envie de remercier, qui le rend fébrile … je me dis qu’il serait bon d’échanger sur ces questions à mon tour, avec mon propre superviseur, de détricoter l’histoire pour en faire quelque chose, pour être en capacité d’aller un pas plus loin, pour continuer à agir, en conscience …

Et oui, superviseur, coach et coaché travaillent côte à côte et avancent, ensemble, sur le chemin …
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Commentaire(s) :

1. Par Marie-France LEBROU le 03/10/2009
Waouhhhhhh !!!

Je ne peux pas m’empêcher de réagir à chaud à la lecture de ce texte.

Des livres sur le coaching, j’en ai lu beaucoup, mais jamais aucun, me semble-t-il, du moins dans ceux que j’ai lus, n’a abordé avec autant de simplicité et d’authenticité les questionnements et les ressentis d’un coach lors d’un entretien : le choix de la ou des postures justes pour l’un et l’autre, le si naturel et si peu avoué « besoin de nourrir son propre besoin de retour », la perception de cette opportunité offerte d’« accueillir encore plus de féminin en soi ».

Ce texte est un superbe moment de partage de profonde humanité.
2. Par André le 05/10/2009

Wadih, tes lignes me font penser à ce que certains psys appellent un "espace contenant" et d'autres un "espace transitionnel", cet espace que nous ouvrons à nos clients pour qu'ils se posent et se rencontrent...

Un écho aussi peut-être à ce mot hébreu autour duquel tu partages souvent : « Beth » qui parle de la « maison », des racines.

L'extrait d'un livre d'un psy que j'ai aimé lire et auquel je reviens souvent :

« Lorsque l'espace de la cure n'est pas une zone intermédiaire entre nous et le patient, on travaille pour deux. On le soutient, on le protège, on le porte. Nous devenons un contenant, une maison où il vient séjourner. […] Temps d'un repos nécessaire et inédit, temps de réapprentissage d'un rapport à soi-même […]. Comme une mère pour son bébé nous servons d'enveloppe, de peau. »

Lettre à une jeune psychanalyste, Heitor O'Dwyer de Macedo

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