Le Coach et l’écrit

Identité Créatrice 1 anIl y a une année de cela commençait pour moi une aventure singulière, celle de partager mon vécu en coaching à travers la création de ce blog.

Quelques mois plus tôt, j’étais à mille lieues d’imaginer que cela puisse se produire ...

Pour moi qui avais passé ma jeunesse à écrire sans jamais vouloir en conserver une quelconque trace, ce partage avec d’autres, dire quelque chose de soi, le poser sur une « scène » -  publique qui plus est - représentait une véritable épreuve. 

 Aujourd’hui, j’ai envie de prendre le temps de poser ce besoin d’écriture qui a émergé et d’interroger ça, à la faveur ou à la ferveur de mon métier.



« Le Coach et l’écrit », cela pourrait également être le coaching et l’écriture ou encore, l’écriture, tout court …  

Je voulais aussi, à l’occasion de cette « première bougie », vous remercier de m’avoir donné envie d’écrire et de continuer à le faire à travers tous ces messages chaleureux que je reçois par mails, lettres, mais aussi vos commentaires sur le site ou encore par carte postale !

Je n’imaginais pas qu’un site, écrit en français sur une pratique de coaching puisse générer cette lecture-là, une quantité incroyable de pages vues à partir d’un grand nombre de pays. J’ai été extrêmement étonné de me voir lu au Népal, au Brésil, en Chine, en Afrique du Sud ou encore en Australie.

Pour moi qui suis un amoureux des voyages, certaines contrées… Vietnam, Polynésie, Bénin… résonnent comme une invitation, un émerveillement.


L’écriture comme un présent 


Tout au long de cette année, plusieurs questions sont venues alimenter ma réflexion sur ce rapport que j’avais à l’écrit. Comment et en quoi me nourrissait-il ? Était-ce simplement une envie de rendre quelque chose de ce que l’on m’avait offert ?

Je sais que ces mots peuvent être choquants. Pourquoi parler de ce qui est offert ? N’y a-t-il pas une demande, un contrat, une « transaction » financière entre coach et coaché … ?

Bien entendu, tous ces éléments sont présents, mais si l’on s’appuyait uniquement sur ceux-là, le coaching n’aurait ni saveur ni utilité.

Quand un coach écoute pleinement la personne qui lui fait face, ça n’a pas de prix. Quand de la même façon, le coaché livre quelque chose de lui-même, ce qu’il dépose là est plus qu’un matériau pour le travail à faire. Il livre quelque chose de son humanité et il le dépose en confiance.

Je crois donner beaucoup de moi-même en faisant ce métier. Écrire participe aussi à cela. Oui, au-delà de la transaction, il y a quelque chose qui se donne, dans les 2 sens. 

L’écriture comme un moyen


Et si l’écriture servait aussi à se connaître
 ? Poser sur un papier ou sur un écran une émotion, un ressenti, une réflexion, c’est avant tout accepter de le faire. Accepter que tout cela puisse être légitime et s’autoriser à le faire.

J’ai quelquefois demandé à certaines personnes que j’accompagnais un travail d’écriture et le résultat n’a jamais été décevant.

Je crois beaucoup en la sincérité de ce qui est déposé avant d’aller rechercher une « forme d’écriture » idéale ou parfaite.

Avant d’atteindre le style que l’on aurait aimé avoir, nous pouvons nous servir de nos mots pour commencer à travailler.

Associer les mots, associer nos propres mots nous permet d’utiliser un support de projection bien souvent utile à l’élaboration. Un tiers totalement silencieux vient nous prêter main-forte. La feuille de papier ou l’écran d’ordinateur deviennent notre espace d’expression et notre travail commence …

Une idée qui émerge, une prise de conscience que l’on voit poindre au coin de l’œil, dans le regard qui se fige ou le teint qui rosit … Entre soi et l’écrit, la magie quelquefois opère.

Écrire pour ancrer


L’encre de l’auteur tisserait-elle un rapport particulier avec l’ancre du marin … ?

Il m’est arrivé d’être surpris en reprenant certains articles. Quelques-uns me paraissaient dépassés, d’autres, écrits quelques mois plus tôt, m’ont touché par leur sincérité. 

Ce n’est pas rien que de déposer des articles-de-soi tout au long de l’aventure. Ça la rend licite, visible, vraie, irréversible. Même si plus tard, on a envie de raconter une autre histoire, celle-ci a été posée, elle existe.

Chacun de ces petits bouts de papier étant comme ces cailloux blancs déposés par le petit poucet, pour lui indiquer la direction à suivre.

Ces petites pierres nous parlent de nos choix, de ces bifurcations créatrices ou douloureuses, de notre fulgurance quelquefois et à d’autres moments de nos incompétences. Ils peuvent renseigner sur la beauté que notre regard a su capter face à l’autre ou sur notre naïveté enfantine qui ouvre aussi notre champ de tolérance

Des petits bouts de papier comme autant de repères sur le chemin caillouteux de notre humanité.

L’écriture comme témoignage ne rappelle-t-elle pas cette position du coach qui fait de lui, le temps de quelques séances, le témoin idéal de ce qui se joue pour l’autre … ?

 

Écriture égotique ? 


Une amie, ouverte au coaching m’avait dit avec beaucoup de gentillesse dans la voix, il y a quelques mois de cela, « moi, je ne pourrais jamais écrire ça… ». Elle ne savait pas comment me le dire, elle n’avait pas envie de me blesser, mais elle voulait le faire, par amitié... Toute cette matière ressemblait de son point de vue à une profusion impudique de morceaux de soi.
 

Ça m’a fait réfléchir. J’ai continué à interroger ce que je ressentais et ma conviction s’est forgée … déposer quelque chose de soi, ce n’est pas impudique.

Une phrase de Maître Eckhart me trotte en mémoire, depuis longtemps « Tu n'atteindras pas le but auquel tu aspires aussi longtemps que les gens ont encore des louanges pour toi".  

Un travail sur l’ego ? Accepter la sanction possible dans le regard de l’autre ? Être percé à jour … ? À moins que la question soit plus insidieuse …

Associer écriture et coaching est un paradoxe en soi, un savant mélange de positions …  Et oui, si l’on se met à évoquer (position haute) ses limites (position basse), d’où parlons-nous ?  

Exercice difficile comme celui, peut-être, d’assumer le style qui devient le nôtre en acceptant de ne plus faire référence, en permanence, aux postulats dont il est issu …  

Un savant mélange d’un ego qui apporte l’étincelle et d’une humilité qui la modère…

Avec ceux que nous accompagnons, j’ai la conviction que nous devons faire ce chemin-là ensemble. Apprendre à  déposer ce masque qui quelquefois devient lourd, déposer le superflu, les paillettes, pour aller au centre de soi et agir plus en conscience.

Imaginez que les personnes que nous accompagnons aient cette aptitude pour lâcher-prise, imaginez toujours qu’elles se retrouvent devant un « personnage coach » qui ne dit rien de lui … ? Est-ce réaliste ? Que fait-on du reflet systémique … ? Si le coach ne dépose pas une partie de son excédent de bagages, à quel dialogue convie-t-il l’autre, celui qui lui fait face … ?

Sur un autre plan, je trouve cela plus juste qu’une personne qui désire être  accompagnée puisse aller visiter ce que le coach dit de lui et qu’elle puisse décider pour elle-même et en connaissance de cause, si elle a envie ou non de faire ce chemin-là, précisément  avec ce compagnon de route spécifique. 

 

Certains diront que l’écriture nourrit l’ego … j’ai l’impression, au contraire, qu’elle lui permet de reprendre sa place, sa juste place.

 

Écrire, c’est peut-être figer ce qui ne cesse de se dire et de se faufiler dans l’interstice de nos actes, de nos mots et de nos phrases… Écrire c’est prendre une photo,  retenir un bout d’histoire qui parle d’une personne et qui nous renvoie à la nôtre …

 

Merci,

 

Wadih


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Tags Tags :  Coach   Pratiques   Ecrit   Ecriture   Anniversaire   Présent   Moyen   Légitimité   S\\\'autoriser   Ancrer   Témoignage   Regard   Ego   Reflet   Histoire 

Commentaire(s) :

1. Par muriel le 15/06/2010
beau premier anniversaire alors
2. Par françoise le 15/06/2010
Ecrire pour soi, ne pas penser qui, connu ou inconnu, coaché ou visiteur, lira, n'est-ce pas cela "la liberté de parole" ?
Les mots écrits ne s'envolent pas.
L'écriture... un virus dont on ne doit pas craindre la contagion !!
Bon anniversaire ! à l'année prochaine.....
3. Par Maud le 15/06/2010
Bon anniversaire à ce blog empli de vie et de belles surprises, et un grand merci pour tout ce partage et ce don de toi même à travers des billets riches de questions et d'émotions...
4. Par fdl le 16/06/2010
l'écriture, un merveilleux outil pour une (ré)création d'identité...
5. Par wadih le 16/06/2010

Oui, Françoise, la "liberté de parole" c'est précieux. Écrire pour soi, avant tout. Je vous suis sur ce terrain là. Mais dites-moi, et vous et moi, nous publions aussi, n'est-ce pas ...? Cela engage quelque chose d'un autre et du rapport à l'autre, non ?

Merci Muriel pour tes vœux !

Maud, mes articles, tu les connais, souvent avant leur parution, d’ailleurs, hein … ;-)
Merci d’avoir émergé de l’anonymat et de nourrir cet espace. Tes contributions sont aussi précieuses que tes relectures.

Fdl, l’écriture comme support à l’identité, belle cours de récréation pour un plaisir d’enfance … Merci pour cette image.

6. Par Eva le 17/06/2010
L'écrit est cri, cri silencieux, cri coloré, aucunément nuancé, éclatant de peine, de joie, de peur, de surprise, de jouissance... Ah oui...! C'est "coucherie", sans nul doute, et une invitation, pour le lecteur, à venir lui même s'allonger entre les lignes. Souvent en silence...
Puis des fois, on ose croiser les plumes et croiser les coeurs aussi. Merci Wadih... J'ai donc toute une année à rattraper avec vous. Heureusement vous aller me la chanter vous même, en troubadour sur une rampe célestial.
7. Par wadih le 18/06/2010

Ah, là ça se complique. Je connais moins bien le personnage du troubadour cosmique qui existe certainement à l'intérieur de moi ;-) en cherchant bien, qui sait, je le trouverais peut-etre ! ... Merci pour la piste !

En même temps que j'écrivais cet article, je me demandais comment l'intituler. Le coach et les cris, le coach qui s'écrit / qui s'écrie ... des sonorités du même ordre que les vôtres, Eva. La voie du coeur, oui, ça me parle et ça me plait ...


8. Par Laurent le 20/06/2010
Happy happy 1
9. Par wadih le 20/06/2010
Merci Laurent, d'avoir rendu possible tous ces échanges !
10. Par iris le 21/12/2011
C'est vrai qu'il n est pas facile d'écrire et mettre a nues nos pensees et nos sentiments meme sans temoins, meme sans lecteurs. C 'est avouer nos failles, nos incompetences, nos peines et avoir a les affronter...en silence.
Vos mots sinceres et la fluidite ainsi que la coherence dans l'expression vont droit au coeur et nous ramene a reflechir sur notre propre image,sur qui nous sommes en reel et non pas ce que les autres voudraient que l'on soit... Iris

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