Le Je du Lien

 Le Je du Lien


Le fil de la vie.


Accélérer et ralentir.


Être dans l’absence, puis dans la présence.


Agir et se laisser aller…


Générer et quelquefois subir.


 




***

 

Ces dernières années n’avaient pas été faciles pour Frédéric.

 

Une grande période de chômage après une « chasse » qui tourne mal.

 

On lui avait promis monts et merveilles, il y avait cru et s’était retrouvé à la tête d’une usine qu’il fallait … liquider. Il apprend progressivement que la demande réelle est la fermeture du site.

 

Il avait refusé malgré le poids de cette décision.

Il venait juste de déménager et toute sa famille avait suivi.

 

18 mois de chômage et de remises en question puis cette nouvelle opportunité : un site industriel qui dispose d’un beau potentiel de croissance, en train de s’imposer sur son marché.

 

Frédéric arrive dans cette nouvelle usine et les ennuis commencent. Le président qui me propose de l’accompagner évoque des « problèmes relationnels » …

 

En réunion tripartite, Frédéric sous-entend qu’il peut avoir certaines approches « maladroites ». Notamment avec ses collaborateurs, mais aussi, quelquefois, avec ses homologues sur d’autres sites. Je le sens troublé par ce qu’il dépose là, une matière qui évoque son histoire et sa vision du monde façonnée par tant d’années d’expérience.

 

Quelque chose s’est ouvert en lui.

 

Je ne souhaite pas le questionner sur « le fond » mais nous élaborons ensemble, tous les trois, sur les effets induits. Le travail commencera en première séance, quelques semaines plus tard.

 

Ces séances ressembleront à s’y méprendre à ce qui avait été déposé pendant l’entretien tripartite.

 

À certains moments, un lien incroyablement puissant s’établira entre nous. À d’autres je le sentirai dans une forme d’attachement à moi. À plusieurs reprises, il sera comme dans une coupure franche, nette et sévère. Il rejoue ici, dans le champ de la séance, ce qui se déroule dans son « vrai » monde et nous mettons cette matière au travail.

 

 

***

 

 

Essayer de comprendre le passé

 

Vivre ces situations à travers notre raisonnement, notre intellect … nous conduit souvent dans une voie sans issue.

 

Nous pouvons tenter de rentrer en nous-mêmes et esquisser une remontée « en soi » sur ces filaments sensibles que sont nos histoires de vie, aller à la découverte de ce qui a fait sens pour nous à un moment donné.

 

Apprendre à découvrir ce qui nous a permis de vivre de jolies réalisations. Aller à la recherche de ce qui nous a donné l’occasion de nous dépasser dans des situations plus difficiles, situations que l’on pourrait même qualifier d’extrêmes pour certaines personnes que j’ai pu rencontrer.

 

Une affaire d’analyse, quelquefois structurante et fructueuse et à d’autres moments hypothétique et compliquée. C’est comme partir à la recherche d’une source originelle qui expliquerait « tout », et qui, dans les faits, laisse la place à une quantité faramineuse de possibles.

 

Quelquefois un scénario dominant surgit et devient le nôtre, mais quel est le degré de réel qu’il contient ? Serait-il une pure construction ? Celle de l’accompagnant, celle de l’accompagné ? Un rêve que nous vivons éveillés et qui nous permet de « faire avec » ce qui a été vécu ?

 

Cette « réponse » que l’on cherchait et qui nous va bien n’a de réalité que celle que l’on veut bien lui donner. Elle peut aussi avoir la fugacité de ce moment de plaisir que l’on a à croire, ne serait-ce qu’un instant, que la quête est achevée  …

 

 

Explorer le présent

 

Le présent a pour « vertu » d’actualiser les hypothèses adoptées dans le passé. Quand celui-ci est évoqué, travaillé, approfondi, il laisse alors une place à ce qui émerge dans le champ de la relation.

 

Observer les cambrures et les courbatures de l’ici et maintenant, ces histoires ouvertes laissées en friche, sans aucune forme de conclusion et qui polluent certaines de nos actions, sans raison apparente.

De véritables scénarios de vie se jouent ici, sans qu’on sache les nommer.

 

À la merci d’un quelconque vent de passage, ces histoires se rappellent à notre bon souvenir en prenant forme, devant nous, comme un scénario qui se déroule à nouveau pour nous faire découvrir le fondamental et le précieux, celui que nous avions laissé en chemin et qui git là, à fleur de peau, comme oublié par un voyageur de passage.

 

Entrer dans ce présent et détricoter ce qui s’y déroule, c’est réussir à être à nouveau dans l’apprentissage et l’acceptation, c’est s’autoriser à nouveau …

 

Pour Frédéric et pour beaucoup d’entre nous, lien, attachement et rupture ne sont que les faces voilées d’une même envie, celle d’être humain, tout simplement.

 

Mais pour cela, nous faut-il encore apprendre à échouer pour réussir, apprendre à perdre pour grandir, apprendre à ne pas céder à la toute-puissance et se rappeler à notre humilité, à nos blessures et à nos fissures.

 

Me vient là cette histoire que Freud raconte quand il voit son neveu faire disparaître derrière son lit une bobine de fil, qu’il tient par un bout. Il la fait disparaitre puis réapparaitre en reprenant le contrôle sur la bobine, en tirant sur ce fil qu’il tient solidement en main. Pour Freud, son neveu se sentait sécurisé d’avoir le contrôle sur au moins une chose, cette bobine … n’en ayant aucun sur la présence ou l’absence de sa mère. Une façon d’apprivoiser la séparation.

 

 

S’accepter, humain

 

Quelquefois notre impuissance est réelle et la seule chose qui nous reste à faire, c’est d’apprendre à l’accepter et de trouver des alternatives, pour soi.

 

Être dans cette présence, présence aux autres et présence à soi, au sens premier du terme …

 

Apprendre et accepter que notre corps puisse lâcher, quelquefois. Être reconnaissant de ce qu’il veut bien nous montrer, le laisser entrer en « résistance » … Ce corps qui nous porte … le laisser résister, vibrer et œuvrer au plus près de ce ressenti pour découvrir, patiemment, ce qu’il nous livre à travers ça.

 

Quand notre intuition profonde nous alerte et que nos actes se mettent à dé-raisonner, les accueillir avec bienveillance. Tout simplement, faire quelque chose de ce que l’on a perçu.

 

Si notre influence sur le monde est limitée, nous pouvons néanmoins œuvrer au plus près de nous-mêmes et ne pas rompre cette alliance, en soi.

 

À chaque rencontre, au détour de chaque chemin, une nouvelle pierre vient se déposer sur ce nouvel édifice que nous appelons notre identité, identité qui se construit et se reconstruit sans cesse.

 

 

Ces « fausses » notes, essentielles …

 

Dans notre gestuelle qui souvent peut paraître fluide, quelquefois, un fragment d’émotion fulgurante, vient briser l’apparente harmonie.

 

Cet accroc, cette bifurcation dans l’ordre des choses, cette ouverture sur d’autres significations nous permet un regard neuf sur un scénario tellement ancré qu’il nous a fallu le prendre en flagrant délit de sabotage, quand il émerge à nouveau, en plein jour, pour y croire et y travailler. 

 

Ce Je qui commence à se dessiner, timidement, pour faire lien et nous permettre cette rencontre essentielle à l’autre, ce Je qui nous permet enfin de rester là, sans nous enfuir, en cohérence profondément avec soi et en ébauchant un pont avec l’autre, en prendre soin.

 

 

 





 

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