Mathématiques

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ll y a bien longtemps de ça, dans un pays ardent et en pleine ébullition, naissait pour moi un désir profond, l’envie d’une traversée

 

Sans comprendre ce qui m’arrivait, je ressentais intensément l’exigence de ce chemin sans fin qui me conduirait silencieusement vers une magie tellement particulière, liée à cet art, royal.


 

C’était une nuit où le ciel, illuminé, s’était recouvert de son enveloppe d’artifices.

 

Enfant dormant que j’étais, je m’approchais de ce terre-plein immense, juché au septième étage d’un immeuble qui donnait sur une mer, devenue houleuse. 

J’habitais là et malgré le son et la cacophonie de cet orchestre improvisé, je m’apercevais que tous dormaient. Alors, profitant du sommeil familial, je tentais une excursion nocturne pour opérer une percée dans la réalité de ce pays qui était le mien.

 

Cette vue plongeante sur la ville et ouverte sur un ciel incandescent m’enjoignait au silence. J’observais et observais encore ce spectacle, trop grand pour un enfant.

 

C’est là que je les ai découvertes, ces mathématiques …

 

Je pressentis ici, la nature profonde du réel. J’appris cette nuit-là que le monde était changement, perpétuel. J’appris aussi que peu de choses étaient essentielles, mais que ces choses là étaient précieuses.

 

Je découvrais également un besoin que je n’avais pas soupçonné jusqu’alors. Je me découvris le besoin d’apprendre La langue parmi les langues, le langage « universel », celui qui me permettrait de vivre, quel que soit mon pays d’habitation.

 

Un désir profond d’omnipotence qui répondait, certainement, à un sentiment, tout aussi profond, d’impuissance.

 

Et le chemin s’en est continué, les études effectuées et certaines étapes accomplies dans cette traversée, primordiale.

 

En terres mathématiques, j’ai été touché par cette recherche sans fin, une rigueur quelquefois effrénée, et ces envolées lyriques, vers un absolu, inatteignable.

 


 

Il y a peu de temps, en supervision collective, j’exposais un cas, difficile.

 

Il m’arrive, évidemment d’avoir du mal à parler de certaines situations et à les exposer clairement, c’est d’ailleurs l’utilité profonde de ces lieux.

 

Ce jour-là j’étais noyé !

 

J’eus un mal fou à expliquer ce qui se jouait alors dans ces accompagnements complexes que je déroulais simultanément et qui impactaient plusieurs entreprises, cousines et reliées.

 

J’expliquais donc au groupe médusé, ma situation. Nous étions une douzaine de coachs, plutôt expérimentés et qui travaillions ensemble sur le registre systémique, en ce matin d’automne.

 

Je me rappelle les voix, les réactions, ce chahut provoqué par l’explication de mon cas.

 

Une explication qui devenait confuse puisque je souhaitais, comme toujours, la rendre anonyme et ainsi prendre soin de l’intime qui avait été déposé là, par mes interlocuteurs.

 

Ça ne parlait pas d’un manque de confiance que j’aurais pu éprouver vis-à-vis de ce lieu ou au regard des coachs que je côtoyais ici. Non, cet espace, je le sentais protégé et j’étais entouré de très belles personnes aptes à m’écouter … mais à certains moments, ce qui nous est livré est d’une telle intimité qu’il semble difficile de l’étaler, en toute sa nudité.

 

Une description que je voulais néanmoins précise d’une situation, à nulle autre pareille et qui déclenchait ce jour-là des réactions étrangement fortes, quelques jugements portés et même des critiques concernant le bien-fondé de mon travail qui semblait résonner comme une gageure impossible.

 

Autant dire que je n’étais pas vraiment heureux d’avoir fait plancher sur mon cas !

 

C’est alors que notre superviseur, qui n’est pas homme à faire des compliments, se tourne vers moi et me regarde en souriant. Sa joie était perceptible et ses yeux pétillants.

 

Les mots qu’il me dit ce jour-là m’ont ramené instantanément à ma recherche et à ma quête, primordiale …

 

« Nous faisons ce métier pour ça, Wadih, nous le faisons pour être dépassés par des situations que nous ne contrôlons pas … Et dans ces situations nous nous frottons au monde de nos clients qui obéit toujours à sa logique, qui nous dépasse quelquefois, mais qui peut être la plus belle des logiques. C’est là que réside ce qui fait la beauté de notre démarche, si on a le courage de l’entreprendre et que l’on accepte quelquefois de se laisser submerger par les évènements qui se déroulent. Si l’on accepte que la démarche se co-construise au fil des échanges et qu’aucun modèle ne vienne à la rescousse. Je suis heureux que tu fasses cette expérience, je suis heureux que tu acceptes ce vertige …  ».

 

À ce moment précis, je ressentis le désir profond qui avait été le mien quand j’abordais les mathématiques.

 

Au-delà de la puissance et de la rigueur du raisonnement qui avait sa place en ces terres scientifiques et qui m’avait aussitôt rassuré, cohabitait un espace plus flou, sans limites et qui conduisait imperceptiblement à un vertige primordial dans lequel j’ai eu la joie incommensurable de me perdre, intensément.

 

Quand les formes et les propriétés, se mettent à se mouvoir en ces figures improbables et – perdues dans leurs dimensions infinies – ne rappellent plus rien que l’esprit puisse apprivoiser

 

Quand les techniques ne suffisent plus à voir, ressentir et maitriser une réalité que l’on souhaiterait un tant soit peu saisir et que l’on accepte de se laisser prendre par ce sentiment de fluidité qui nous envahit comme une danse avec la vie

 

Alors émerge cette chose tellement précieuse, qui touche à l’essentiel, au plus profond de soi et qui nous relie aux autres … et au monde.



 

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Commentaire(s) :

1. Par Phedrienne le 20/02/2011
Etrange problématique que celle-ci qui peut provoquer et catalyser les pires souffrances comme en libérer. L'expérimention du vertige qui vous amène aux limites est majeure et renversante, quels que soient les chemins et les moyens empruntés. Merci pour ce témoignage très fort.
2. Par Eva le 20/02/2011
Danse avec la vie... Vertige de derviche tourneur... Et pour seul repère les mains d'autrui.
3. Par Wadih le 21/02/2011
Merci Phedrienne, pour votre attention et pour saisir au plus près ce vertige, tellement intime.

Et merci à toi, Eva pour cette image qui fait se croiser les repères, les mains et les autres ...

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