Ressentir ...

Ressentir - Identité CréatriceUne amie dirigeante très intéressée par le coaching – au point de se former elle-même à l’approche – me disait récemment… « Quand j’ai entendu ‘suspension de jugement’ en évoquant le coaching, j’ai su qu’il fallait que je creuse cette discipline ».

Notre univers social peut quelquefois ressembler à un champ où chaque chose porte un nom. Chaque objet est catégorisé. Toute dérive, toute image floue peut devenir suspecte.  

Oui, le coaching peut apporter un bol d’air frais. 


  
Il est 19 h et je l’attends dans la salle d’un vieil immeuble. La clameur parisienne en est à son comble et perce jusqu’à ce bureau. Il est dirigeant et la personne qui m’a demandé de le rencontrer m’a dit sa grande nervosité actuelle.  


Il parle vite et m’explique qu’il se sent très calme aujourd’hui. En entendant ces mots qu’il enchaine, je ressens distinctement une forme de pression, comme un étouffement qui vient me cueillir dans ce havre de paix. Je m’autorise à lui en faire-part.

 

« Frédéric, tu me dis que tu te sens très calme aujourd’hui. J’aimerai te faire un feed-back. Depuis ton entrée dans cette salle, depuis qu’on parle ensemble, j’ai l’impression que la température de la pièce est montée de quelques degrés … Je sens ta présence imposante et le rythme de ta voix qui scande ton histoire, comme une histoire à laquelle il est impossible de ne pas adhérer. Je me sens comme pris en otage par tes mots, par cette situation, par ton parcours … ». Son regard se fige et il me demande de continuer.

 

Encouragé par ces ressentis qui semblent avoir touché juste, je lui demanderai un peu plus tard, s’il est possible que dans la situation qui le préoccupe, la personne qui lui fait face ressente comme moi cette tension … Là, il sourit.

 

Non, nous ne sommes pas dans le jugement. Nous sommes dans le ressenti. J’ai entendu certains coachs m’expliquer avec assurance qu’ils avaient comme une certitude, une sorte de voix intérieure qui leur murmurait la vérité de l’autre

 

Cette illusion peut nous toucher, quel que soit notre chemin. Eh oui, nous avons appris à aiguiser nos sens et nous ressentons tellement que nous imaginons savoir … mais l’autre est un autre et quand on parle, on ne parle souvent que de soi …

 

L’autre est un autre et il est sensible. Il vient nous voir et il nous parle. Il parle à une personne, précisément. Il ne se livrerait certainement pas de cette façon-là avec quelqu’un d’autre. Peut-être ressent-il la possibilité d’une parole intime avec ce coach, spécifiquement ?

 

Et pendant qu’il parle, tout son être évoque, mime, montre ce pour quoi il est venu, ce pour quoi il est là. Il « rejoue » son problème et nous entraine dans cette histoire qui est, d’une certaine façon, la nôtre. Je ne me suis jamais ressenti indifférent à mes clients. Leur douleur a souvent résonné en moi, de même que leurs joies. C’est cela qui m’autorise à leur faire un feed-back.

 

De là à projeter ou à imaginer leur rapport avec d’autres en imposant ma vision, de là à construire une sorte de prophétie qui se réalise d’elle-même, qui s’auto-justifie … du Feed-back au feed-forward … il n’y a qu’un pas.

 

Je peux faire l’hypothèse qu’un comportement qui se déroule ici peut se retrouver ailleurs, je peux juste le supposer et c’est déjà une incursion dans le monde de l’autre.

 

Les mots peuvent quelquefois nous libérer et à d’autres moments nous enfermer. Ce qui se transmet et qui s’imprègne en nous est de l’ordre du ressenti… Pour ma part en plus de cette tentative toujours renouvelée de suspension du jugement dans ma pratique du coaching, j’aime arriver en séance dans un certain état d’être …

 

Non, je ne parle pas de bienveillance. Pour être bienveillant, il me faut encore savoir ce qui est bien pour l’autre et ça aussi, il est le seul à le connaître.

 

J’évoque plutôt ici une attention à ce que je ressens au plus profond de moi et à ce que je perçois de lui. Ainsi, il ira chercher, mu par une danse mimétique, un nouveau regard sur lui-même. 

 

J’évoque aussi une présence à cette énergie de vie qui est la nôtre.

 

Et peut-être aussi un certain état d’être que je trouve difficile à qualifier…  Ça parle d’une tendresse infinie qui ouvre sur les plus beaux des possibles et qui résonne magnifiquement pour chacun de nous …

 

Elle semble vous avoir abandonnée ? Les vents sont violents et l’embarcation se cabre ?

 

Cherchez bien,  elle n’est pas si éloignée … 


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Tags Tags :  Identité Créatrice   Ressentir   Feed-back   Feed-forward   Suspension de jugement   Partage   Image miroir 

Commentaire(s) :

1. Par Eva le 06/10/2010
Ah ! Cet état d'être, de tendresse infinie... qui nous rend si fluides sur le pont de nos petits ou grands voie-liers, mais qu'à nos brèves escales de coachs dans le monde "réel" nous révèle si maladroits, de notre démarche chaloupée...

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