Routes et dédales

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Elle déteste les coachs et le coaching. À la rencontrer, je me dis rapidement que cet échange ne va pas durer longtemps. Ça arrive.

 

Quand nous croisons la route des personnes que nous sommes censés accompagner, il peut s’avérer que le travail ne démarre pas.

 

Du fait de la personne qui se tient là face à nous et qui n’a pas décidé de se mettre en chemin ou bien parce qu’elle trouve que ça va trop vite ou trop lentement, qu’elle nous estime trop confrontant ou pas assez dynamique …  Ou encore, tout simplement, parce que la personne ne nous a pas choisi pour faire ce travail. 


 

Pendant que j’entends ses premiers mots, ce sont les idées qui papillonnent dans ma tête… et une réflexion aussi. Cette femme est très compétente pour me dissuader de l’accompagner. Cette histoire qui se joue commence à m’intéresser. Malgré une résistance brutale que je perçois en premier abord, ma curiosité s’aiguise …

 

Sa posture est droite, son regard me met à distance. Son jugement semble implacable. Quelle fermeté !

 

J’interroge l’effet qu’elle produit en moi et m’autorise à lui en faire part. Sa citadelle vacille.

 

Il me faudra la rencontrer une deuxième fois, à ma demande, pour creuser la possibilité d’un travail commun.

 

Au cours de ces entretiens préliminaires où l’on se jauge, c’est la première fois que je demande une seconde rencontre, sans délai. Étrange processus que j’improvise.

 

Ils sont tellement précieux ces moments initiaux qui ouvrent sur tous les possibles …  Se dire quelque chose de notre envie de nous mettre au travail et - chemin faisant - d’avancer, côte à côte. Se dire l’impossibilité, qui peut émerger de l’un ou de l’autre. Ou encore décaler ce travail dans le temps et pour cela, se revoir à quelques mois d’intervalle …

 

Ici ma demande est différente. Je veux lever un doute que le premier entretien n’avait pas réussi à éclaircir. Essayer de verbaliser quelque chose de ce que l’un et l’autre nous avions ressenti et qui empêchait un démarrage. Un curieux sentiment, désagréable et palpable, que j’ai eu du mal à nommer.

 

Mais aujourd’hui elle est toute autre. Souriante, elle semble heureuse de me voir. Elle se libère et me tend ces quelques mots que je mettrai du temps à digérer, à travailler …

 

Elle me dit se sentir en confiance avec moi. Elle est prête à mettre au travail cette résistance qu’elle veut m’expliquer et pour cela, me raconte son histoire.

 

Son manager, qui est aussi la personne qui m’a sollicité, lui avait déjà proposé un coaching, quelques années plus tôt. Elle avait pris ça comme un cadeau mais il s’est rapidement avéré empoisonné.

 

Elle voulait s’exprimer, dire son point de vue, se remettre en cause aussi … Il n’en était rien. La « lettre de mission » n’allait pas dans ce sens. Le coach proposé en ce temps là s’était comporté comme « le bras armé du directeur » me dira-t-elle au cours de cette seconde discussion. Il se comportait comme un manager de substitution, avec un soupçon affirmé de moralisme, en supplément …

 

En me rencontrant la première fois sa tension était extrême. D’ailleurs, son manager l’avait informée de cette « deuxième couche »  de coaching quelques minutes avant la rencontre.

 

Là-dessus, nous étions à égalité. Ce manager ne m’avait rien dit de l'histoire des relations qu'il entretenait avec sa collaboratrice et s’était gardé d’accepter une réunion tripartite.

 

Alors qu’ici elle s’ouvrait réellement au travail possible ensemble, c’est moi qui commençais à douter.

 

Comment accepter d’intervenir dans ce lieu qui mêle l’intime et l’entreprise, prendre soin des blessures et mettre en marche une volonté opérante et pragmatique sans déposer  cette pierre d’achoppement malheureuse au centre de l’arène ? Comment ne pas revisiter ce premier accompagnement qui n’en était pas un ? Comment pourrait-il disparaître ainsi, comme si de rien n’était et que les compteurs se réinitialisent, comme par enchantement ?

 

Si j’acceptais ce travail, je répondais à l’attente du manager et aurais certainement été utile à cette personne qui me semblait perdue dans toutes ces circonvolutions émaillées de complexité.

 

Si j’acceptais ce travail en obéissant à leurs injonctions, et initiais cet accompagnement sans les réunir et les faire travailler sur cet accroc extrêmement signifiant et au cœur de leur relation de travail, je ratifiais, par la même occasion, mon acceptation de l’omerta  ambiante qui à l’évidence structurait leurs interactions.

 

 

Quelquefois nous sommes en mesure d’agir, là où nous nous trouvons. A d’autres moments, notre champ d’action est plus réduit.

 

Mais intervenir ou décider de ne pas le faire, c’est un acte de coaching en soi.

 

Le cadre que l’on pose et le temps que l’on prend nous servent indubitablement à voir se dessiner et à décrypter les routes et dédales que prennent quelquefois les interactions humaines … et ainsi décider, en se faisant sa propre conviction, de la marche à suivre et des actions à entreprendre.




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Tags Tags :  Lancement   Coaching   Prescrit   Imposition   Mode   Managerial   Relationnel 

Commentaire(s) :

1. Par Françoise le 28/04/2011
LE CADRE... sans cadre, attention danger !

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