Pour écrire un seul vers

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Pour écrire un seul vers, il faut avoir vu beaucoup de villes, d’hommes et de choses, il faut connaître les animaux, il faut sentir comment volent les oiseaux et savoir quel mouvement font les petites fleurs en s’ouvrant le matin. Il faut pouvoir repenser à des chemins dans des régions inconnues, à des rencontres inattendues, à des départs que l’on voyait longtemps approcher, à des jours d’enfance dont le mystère ne s’est pas encore éclairci, à ses parents qu’il fallait qu’on froissât lorsqu’ils vous apportaient une joie et qu’on ne la comprenait pas (c’était une joie faite pour un autre), à des maladies d’enfance qui commençaient si singulièrement, par tant de profondes et graves transformations, à des jours passés dans des chambres calmes et contenues, à des matins au bord de la mer, à la mer elle-même, à des mers, à des nuits de voyage qui frémissaient très haut et volaient avec toutes les étoiles – et il ne suffit même pas de savoir penser à tout cela. Il faut avoir des souvenirs de beaucoup de nuits d’amour, dont aucune ne ressemblait à l’autre, de cris de femmes hurlant en mal d’enfant, et de légères, de blanches, de dormantes accouchées qui se refermaient. Il faut encore avoir été auprès de mourants, être resté assis auprès de morts, dans la chambre, avec la fenêtre ouverte et les bruits qui venaient par à-coups. Et il ne suffit même pas d’avoir des souvenirs. Il faut savoir les oublier quand ils sont nombreux, et il faut avoir la grande patience d’attendre qu’ils reviennent. Car les souvenirs ne sont pas encore cela. Ce n’est que lorsqu’ils deviennent en nous sang, regard, geste, lorsqu’ils n’ont plus de nom et ne se distinguent plus de nous, ce n’est qu’alors qu’il peut arriver qu’en une heure très rare, du milieu d’eux, se lève le premier mot d’un vers.


Rainer Maria Rilke (1875-1926),
Les Cahiers de Malte Laurids Brigge (1910)

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Le chemin vers soi

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Dans la découverte de notre intériorité, à la recherche de ce souffle qui nous fait homme, nous visitons le monde et nous visitons notre monde, intérieur, pour découvrir l'autre côté d'Adam, l'autre côté de chacun de nous*.

Derrière toute chose existe un potentiel immense. Certains le nommeront l'inconscient, d'autres diront, une autre partie de nous-mêmes. Aller vers ce potentiel c'est redescendre en soi, pour repérer toutes ses "énergies" et, un jour, les reconnaitre et les assumer.

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De la dépendance à l’ être seul

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Le petit ne peut survivre seul. Il est dépendant de son environnement, il est dépendant de sa mère. Cette dépendance ira en diminuant mais dans les premiers temps elle est absolue
*.

La capacité à être seul


Au tout début, le bébé n’a aucune idée de son unicité ni de sa solitude.
Dans les premiers temps de la vie, quand tout se passe "bien", la mère est extrêmement attentive, elle est "follement" dévouée, elle s’ "offre" à l’enfant, entièrement.

Heureusement, elle laissera la place à ce que D. Winnicott appelle la "mère suffisamment bonne" et laissera voir des imperfections. 

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Quelque chose à abandonner …

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"Il est important de voir que le point essentiel de toute pratique spirituelle est de sortir de la bureaucratie de l’ego, c’est-à-dire de ce constant désir qu’à l’ego d’une forme plus haute, plus spirituelle, plus transcendante du savoir, de la religion, de la vertu, de la discrimination, du confort, bref de ce qui fait l’objet de sa quête particulière.

Il faut sortir du matérialisme spirituel.

Si nous n’en sortons pas, si nous en faisons notre pratique, nous nous doterons peut-être d’une vaste collection de sentiers spirituels, fort précieuse à notre avis. Nous avons tellement étudié !

Peut-être avons-nous étudié les philosophies occidentales ou les mystiques orientales, pratiqué le yoga ou même recueilli les enseignements de dizaines de grands maîtres. Nous sommes accomplis parce que nous savons tellement de choses !

Nous sommes intimement persuadés d’avoir amassé un trésor de connaissances. Et, pourtant à l’issue de cet itinéraire, il y a encore quelque chose à abandonner.  

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Le discours et l'action

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À un moment, on aimerait arriver à une "clôture des significations"... Avoir une idée définitive sur une personne ou une situation, trancher pour toujours.

Il est quelquefois insupportable de rester dans l'errance avec une idée inaboutie, alors notre "discours" se met en place ...

Nous nous disons à nous-mêmes et nous affirmons à qui veut bien l'entendre "je pense ça...", "j'en suis là...", "il est comme ça…", alors que quelque chose en nous est loin d'être a ce point-là affirmatif, qu'une partie - partielle - de l'histoire a été prise en compte, qu'un angle de vue a été adopté pour pouvoir enfin trancher...

Et, comme l'on pouvait s'y attendre, quand la situation se représente ou quand nous nous retrouvons confrontés à nouveau à la personne, entre notre discours et ce que nous faisons, il peut y avoir un fossé.
 

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